La vérité de l’eau

L’eau donne la vie ou la détruit. Elle la nourrit ou la menace. Il appartient à l’homme de savoir la gérer en son abondance et dans son manque. Or, au Bénin, en inondation ou en sécheresse, l’eau ou son absence nous dicte sa vérité. Sur les terres arides qu’elle abandonne ,comme dans les nappes boueuses qu’elle inonde, en plus de nourrir ou de menacer nos vies, elle nous donne par son excès ou son défaut, la possibilité de lire notre incapacité de nous organiser comme citoyens et comme autorités, pour la maîtriser. La vérité de l’eau sur nous, ce n’est pas seulement ce que son existence, son abondance ou son manque font de nos vies, c’est surtout notre inconscience ou notre inconséquence. Et pourtant, voici à quel point nous souffrons.
Baignée par de multiples cours d’eau qui se jètent dans l’océan Atlantique qui, en retour, érode ses côtes et ses baies, toute la partie méridionale du territoire nationale souffre, et de plus en plus, de l’inondation et de la stagnation nocives. Il faut bien le dire, le nombre de populations lacustres s’accroît, puisqu’avec les installations abusives et désordonnées, des quartiers entiers vivent dans l’eau à longueur d’année. En saison pluvieuse, les souffrances des populations s’aggravent et nous devenons des batraciens en proie à des infections et affections les unes aussi bizarres que les autres. Les zémidjans, ces héros du transport, se font amphibiens et naviguent magistralement dans des flaques-marres avec leurs chargements humains tout reconnaissants et prêts à pardonner et à faire avec, malgré l’imprudence parfois mortelle de ces taxis à deux roues. Cette résignation joyeuse dans la débrouillardise fait partie de ce mal - vivre qui devient notre habitude. Et puisque la grande majorité des citoyens se déplacent à deux roues, obligés de subir les intempéries surtout en temps de pluie, nous sommes pour la plupart des Béninois dans l’eau ou sous l’eau, à la maison, en circulation, et parfois à l’école ou même à l’hôpital.
Les visites sporadiques des autorités locales ou centrales dans nos eaux n’illustrent que davantage nos communes inconséquence et incohérence. Excusez du peu.

Abbé André S. Quenum

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