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Mortelle banalisation! Le 10 mai, la chaîne privée Golfe TV montre les images d’un meunier brûlé au 3e degré par le gasoil, assis à poils, à même le sol, suppliant
d’être admis au service d’urgences du Centre hospitalier départemental de Porto-Novo – en vain. Pour crier sa douleur et sa désolation, il ne restait au meunier, accidenté de travail, que de
secouer le cou et de baisser les bras de désespoir alors que l’unique infirmier de garde fait montre d’une étonnante morgue face à la situation et devant les caméras et que la foule crie entre
supplication et colère. Transporté par les sapeurs pompiers au Cnhu de Cotonou, la victime rend l’âme le lendemain 11 mai.
Les images sont choquantes. La situation est gravement émouvante. Il y a mort d’homme.
Mais le plus grave, c’est la manière dont la situation se gère. Comme pour bien d’autres cas d’injustice et d’impunité de façon générale dans notre société et de
façon plus spécifique, comme pour bien des victimes d’accidents de circulation routière ou de travail ou bien encore, comme pour des patients victimes dans nos centres de santé, ce meunier meurt
et nous passons tous à autre chose. C’est déjà beaucoup que les média parlent un peu de lui et que de ce fait, certaines autorités du ministère de la santé et du corps médical se sentent
contraintes de se concerter à son propos.
Malgré tout cela, il est juste un mort de plus. Qui sera bientôt vite oublié !
Comme à l’accoutumée, on se contente de dire : c’est juste une question d’«incompréhension», un problème de «communication» entre malades et personnel soignant ; il
faut mieux équiper le centre et accélérer les travaux en cours ; il faut mieux organiser et programmer le personnel ; nous allons tirer les leçons… Est-ce pour des questions de «communication»,
d’«incompréhension» ou de ressources que le Bénin entre une nouvelle fois dans une rupture d’antirétroviraux? Puisque le financement existe et qu’une telle rupture est cependant une question de
vie ou de mort pour les citoyens malades du Sida !
Nous sommes une société où on n’ose pas situer les responsabilités ou défendre les principes, même quand il s’agit des principes de la dignité humaine ou du respect
de la vie. Et chut, on meurt.
Abbé André S. Quenum
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