Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 23:21

Juste un mort de plus

Mortelle banalisation! Le 10 mai, la chaîne privée Golfe TV montre les images d’un meunier brûlé au 3e degré par le gasoil, assis à poils, à même le sol, suppliant d’être admis au service d’urgences du Centre hospitalier départemental de Porto-Novo – en vain. Pour crier sa douleur et sa désolation, il ne restait au meunier, accidenté de travail, que de secouer le cou et de baisser les bras de désespoir alors que l’unique infirmier de garde fait montre d’une étonnante morgue face à la situation et devant les caméras et que la foule crie entre supplication et colère. Transporté par les sapeurs pompiers au Cnhu de Cotonou, la victime rend l’âme le lendemain 11 mai.
Les images sont choquantes. La situation est gravement émouvante. Il y a mort d’homme.
Mais le plus grave, c’est la manière dont la situation se gère. Comme pour bien d’autres cas d’injustice et d’impunité de façon générale dans notre société et de façon plus spécifique, comme pour bien des victimes d’accidents de circulation routière ou de travail ou bien encore, comme pour des patients victimes dans nos centres de santé, ce meunier meurt et nous passons tous à autre chose. C’est déjà beaucoup que les média parlent un peu de lui et que de ce fait, certaines autorités du ministère de la santé et du corps médical se sentent contraintes de se concerter à son propos.
Malgré tout cela, il est juste un mort de plus. Qui sera bientôt vite oublié !
Comme à l’accoutumée, on se contente de dire : c’est juste une question d’«incompréhension», un problème de «communication» entre malades et personnel soignant ; il faut mieux équiper le centre et accélérer les travaux en cours ; il faut mieux organiser et programmer le personnel ; nous allons tirer les leçons… Est-ce pour des questions de «communication», d’«incompréhension» ou de ressources que le Bénin entre une nouvelle fois dans une rupture d’antirétroviraux? Puisque le financement existe et qu’une telle rupture est cependant une question de vie ou de mort pour les citoyens malades du Sida !
Nous sommes une société où on n’ose pas situer les responsabilités ou défendre les principes, même quand il s’agit des principes de la dignité humaine ou du respect de la vie. Et chut, on meurt.

Abbé André S. Quenum

Par Journal Catholique La Croix du Bénin - Publié dans : EDITORIAUX
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Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 22:59

Professionalisme

En marquant la journée mondiale de la liberté de la presse, les journalistes célèbrent la grandeur de leur métier, se souviennent de ses difficultés et évoquent la mémoire de ceux à qui le journalisme a coûté la vie. C’est aussi l’occasion pour eux de débattre des questions importantes. Au nombre de ces questions doit figurer la nécessité d’une meilleure prise de conscience sur le fait qu’il ne suffit pas de réclamer la liberté de presse et de protester contre les abus comme les bavures policières dénoncées récemment au Bénin. Mais les professionnels des média doivent s’interroger davantage sur leur propre ingéniosité et leur courage pour conquérir cette liberté de presse par un plus grand professionnalisme.
Au Bénin, malgré toutes les entraves et les difficultés de l’environnement économique, dans quelle mesure le professionnalisme peut-il s’imposer par sa qualité pour devenir même une arme contre les entraves ? La réponse n’est évidente ni simple, mais la question mérite d’être posée de façon plus insistante.
Les entraves exogènes à la corporation n’expliquent pas à elles seules le fait que, au Bénin, fournir l’information factuelle aux citoyens est tellement difficile que la rumeur est la reine des sources et que même la simple présentation de faits est grevée de partis pris.
La presse béninoise doit-elle attendre la Lettre du continent pour faire savoir à ses lecteurs pourquoi le fameux forum sur le sursaut patriotique a été reporté sine die et pour révéler les connivences politiques et les complications financières qui entourent ce forum qui défraye la chronique? C’est aussi cela la liberté de presse.
Les citoyens attendent de comprendre les implications du nouveau relèvement du point indiciaire de 25%, la silencieuse privatisation de Bénin Télécom, etc. De fameux scandales comme l’affaire Dangnivo, les machines agricoles, l’affaire Cen-Sad, l’affaire Icc… attendent encore de recevoir un profond et sérieux traitement journalistique !
Une presse qui, même en désespoir de cause s’efforce avec audace et précaution pour informer davantage le citoyen sur de pareilles préoccupations peut bâtir sa crédibilité et même sa rentabilité. Le professionnalisme n’est pas seulement en aval du processus de renforcement de la liberté de presse, il est aussi en amont et est l’arme de choix pour cette liberté.

Abbé André S. Quenum

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Mardi 3 mai 2011 2 03 /05 /Mai /2011 00:19

vote benin urne drapeauLe vote est un droit

Il vaut mieux se faire duper en votant que de se tromper en ne votant pas.
S’ils ne se contentent pas de se taire, certains citoyens avancent des raisons qui justifient tant bien que mal leur indifférence envers les législatives sont nombreuses. C’est vrai que la dernière présidentielle comporte des germes de découragement non négligeables. Par exemple, nous ne savons toujours pas vraiment de façon officielle le taux exact de participation à cette élection passée. Cela n’étonnera donc pas que nous ne puissions pas estimer le  taux de participation aux prochaines élections. Néanmoins, il n’y a de doute pour personne qu’à l’allure où vont les choses, et à en croire les commentaires des citoyens, les populations risquent de sortir moins samedi 30 avril pour les législatives, qu’elles ne sont sorties le 13 mars dernier pour la présidentielle.
En effet, il y a une impression générale de fatigue mêlée de confusion aussi bien de la part des électeurs que de la part des politiciens. Les média ont longuement documenté le manque d’enthousiasme dans la campagne électorale. Les meetings géants se font rares. Peut-être bien que l’argent, le nerf tristement principal du combat politique béninois, ne circule pas assez. Mais ça, les politiciens ne vous le diront pas. Comme s’ils s’étaient passé le mot, les politiciens de tous bords expliquent plutôt qu’ils ont préféré le porte à porte aux meetings géants. Et pourtant, nous attendons de les voir à nos portes, même si ces derniers jours, le rythme de la campagne s’est accéléré très légèrement.
Cette fatigue qui frise le désintérêt ou l’indifférence envers les élections législatives pourrait s’expliquer par la gêne autour du fameux « premier tour KO » de la présidentielle, gêne curieusement partagée par l’opposition aussi bien que la mouvance. Elle pourrait aussi provenir de l’épuisement causé par les tensions et les crises électorales traversées. Une autre explication serait qu’à part les guéguerres autour des listes, il n’y a pas de véritables débats démocratiques qui puissent enthousiasmer les électeurs. Et enfin les insuffisances constatées lors de la présidentielle ne sont toujours pas corrigées à satisfaction, et de toutes, la liste électorale n’est toujours pas publiée.
Malgré toutes ces raisons, il vaut mieux exercer son droit de voter tout de même. Ne serait-ce que pour avoir des arguments à faire valoir demain pour contribuer à faire améliorer nos processus électoraux et de démocratisation de notre société.

Abbé André S. Quenum

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Lundi 2 mai 2011 1 02 /05 /Mai /2011 23:56

Victoire sur le mal


A Noël, déjà, la joie de l’esprit d’enfance est traversée par la méchanceté inouïe et la violence aveugle du mal qui écrase l’innocence. Mais à Pâques, c’est encore plus fort. C’est encore plus décisif.
Il est vrai, Jésus n’a pas foncé de manière forcenée contre la machine de la violence et du mal. Le faire serait malsain et même maladroit. Mais quand son « heure est arrivée ». Quand il a épuisé tout ce qu’il pouvait faire comme enseignement, guérison et miracle. Et qu’il ne lui restait comme choix que de pactiser avec le mal ou, de façon plus douce, de faire ne serait-ce que quelques petits compromis, ou alors de carrément prendre le risque possiblement fatal de faire face au mal. Que pensez-vous donc qu’il fit ? Il réussit à avoir ce courage qui nous vaut la Pâque.
Jésus fait face au mal !
Ce fut violent, fatal. Il se dresse contre le mal, non par la force fanatique qui embrasse la violence contre soi ou contre l’autre et qui peut détruire et écraser de l’extérieur, mais avec la force de l’amour qui peut toucher et bouleverser de l’intérieur, même l’ennemi.
Ce ne fut pas chose facile. Même pas pour le Fils de Dieu. « Pourquoi m’as-tu abandonné ? », a dit Jésus en présentant sa supplique à son Père. « Si cette coupe pouvait s’éloigner », a-t-il souhaité. Au bout du compte, il a eu le courage de dire « … Non pas ma volonté, mais la tienne (Père) ». Il a eu le courage d’entrer si intimement dans cette volonté du Père qu’elle est devenue la sienne : « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne ».
Célébrer la semaine sainte et fêter Pâques, c’est cheminer avec Jésus pour faire face au mal qui, sans nécessairement prendre le visage d’un vilain démon, se distille dans les intrigues de nos vies et se conforte de nos petites compromissions, pour produire par accumulation des violences et des haines qui finissent par nous étonner. Vaincre le mal avec Jésus, c’est refuser de « faire semblant » devant les problèmes de la vie, de se contenter de colmater les brèches, de contourner les crises, de piquer les raccourcis. Pâques, c’est faire face au mal avec le courage de l’amour.

Abbé André S. Quenum

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Lundi 2 mai 2011 1 02 /05 /Mai /2011 23:54

Tournant africain du millénaire

André S. Quenum

L’histoire des hommes se construit au travers des événements majeurs et mineurs qu’ils vivent, que ce soient des événements subis ou assumés, créés ou advenus. L’histoire avance ou recule selon la représentation qu’ils se font de ces événements, de la manière dont ces événements marquent leurs communautés, leurs impacts sur leurs milieux et conditions de vie, et leurs relations avec leur passé et leur avenir. Tout cela est soutenu à la base et éclairé dans sa finalité ultime par l’appel du seul Maître de l’histoire.

Si nous prenons un peu de hauteur, il y a des raisons de penser que nous vivons, ces derniers temps, de petits ou grands événements qui vont sûrement marquer, aux yeux des historiens de demain, le tournant de ce troisième millénaire. Je veux le prouver du point de vue de l’Eglise famille de Dieu au sein des sociétés africaines, autant qu’il est possible de le lire à partir du Bénin. Il s’agit, ce faisant, de tenter de jouer le rôle de l’historien du présent que doit être le journaliste, entre autres missions. 

En s’inspirant de la pédagogie et de la spiritualité bibliques du jubilé, l’Eglise de Dieu qui est au Bénin célèbre les 150 ans de son évangélisation et le Peuple de Dieu est appelé à se reconnaître comme héritier d’une histoire et bâtisseur au présent d’un avenir afin de rendre compte ainsi de son espérance. C’est sur ce fond que l’Eglise de Dieu au Bénin est interpelée par une situation africaine et un appel de l’Eglise africaine et universelle.

Nous célébrons le jubilé et rendons compte de notre espérance dans une Afrique qui, du Maghreb au Sud du Sahara en passant par le Soudan et la Côte d’Ivoire, vit des crises qui affecteront le continent, aussi bien à l’intérieur des frontières nationales et régionales que dans les relations avec la communauté internationale.

Cette situation africaine, nouvelle et pourtant ancienne, rend encore plus  pertinent l’appel que, par la voix du Pape Benoît XVI, Dieu lancera à toute l’Afrique à partir du Bénin en novembre prochain. L’appel pour l’Eglise d’Afrique se mette davantage au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Le tournant africain  du millénaire pourrait dépendre de ces trois chantiers.

Par Journal Catholique La Croix du Bénin - Publié dans : EDITORIAUX
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