Jeudi 16 septembre 2010
4
16
/09
/Sep
/2010
18:53
Le syndrome de Yagbé
Le syndrome de Yagbé, c’est la maladie politique et anthropologique dont souffre celui qui sacrifie Dieu, sa propre conscience, son intelligence, sa dignité et tout, pour défendre et flatter le
détenteur du pouvoir. Une maladie qui conduit à défendre l’indéfendable et à soutenir l’insoutenable. Une maladie qui conduit à flatter le détenteur du pouvoir non pas avec des arguments qui
cherchent à persuader l’opinion, mais par des manières utilisées en fait avec l’unique intention de plaire au détenteur du pouvoir, un détenteur puissant et provident qui a arrosé, arrose et
arrosera ceux qui le servent de cette façon fort servile – excusez du peu.
Pourquoi syndrome de Yagbé ? Yagbé, c’est un quartier d’Akpakpa à Cotonou. Qu’il vous souvienne que le lundi 28 janvier 2008, une école en décrépitude à Yagbé a été le théâtre d’une «
hyperdéification » que l’histoire ne peut oublier (voir numèro 928 de La Croix du Bénin du 1er février 2008). Ce jour-là, au cours de la visite de terrain d’un ministre dans l’école, un
ancien député du nom de Robert Cakpo a déclaré que « Yayi est mieux que Dieu », pour dire qu’il « exauce » les vœux des populations encore plus vite que Dieu qui serait plus lent à réagir. Les
exagérations de la même veine dont nous sommes témoins aujourd’hui viennent de loin et sont profondes. Et c’est bien cette maladie politique et anthropologique qui nous préoccupe. Au cœur des
scandales de Icc Services et des accusations, contre-accusations et autre(s) disparition(s) de citoyen(s), on entend tous azimuts les arguments les plus bizarres, alors que la justice tarde
à prendre possession des dossiers pour jouer son rôle. On voit des partisans politiques, des religieux et même un avocat tous curieusement préoccupés de défendre l’honneur du président de la
République. Et pourtant, c’est du cœur même du pouvoir exécutif que des défections conduisent à de nouvelles accusations. Et le syndrome de Yagbé se répand de plus belle. La forme la plus
malicieuse de ce syndrome se trouve chez les acteurs qui, malgré leur ancienneté et le poids de leur expérience garde un silence gravement coupable, prétextant par honneur sauver les meubles de
l’intérieur du système. Si ce n’est par respect leur conscience, pourquoi ne voient-ils pas que les choses se dégradent pour nous tous ? Ô syndrome de Yagbé quand tu nous tiens.
Abbé André S. Quenum
Par Journal Catholique La Croix du Bénin
-
Publié dans : EDITORIAUX
0
Samedi 4 septembre 2010
6
04
/09
/Sep
/2010
00:13
Prière pour la paix
Comme il en a l’habitude, chaque mois, le Pape Benoît XVI propose à tous une intention de prière pour septembre, une intention qui nous touche de façon particulière au Bénin. Il demande à toute
l’Eglise de prier intensément pour la paix et le progrès social inspirés par une meilleure annonce de la Parole de Dieu. Il invite les fidèles du Christ à prier «pour qu’en ouvrant le cœur
à l’amour, l’on mette fin aux si nombreuses guerres et aux conflits qui ensanglantent encore le monde ». Et il demande en plus de prier pour que « dans les régions les moins développées du monde,
l’annonce de la Parole de Dieu rénove le cœur des personnes, en les encourageant à être protagonistes d’un progrès social authentique ». [voir www.apostolat-priere.org]
Prier ainsi pour la paix, comme le demande le Saint-Père, requiert une compréhension des conflits qui touche jusqu’à leurs racines, logées dans le cœur de l’homme et dans les structures sociales
d’injustice. Prier ainsi, provoque l’orant à se convertir et à transformer sa société par « la puissance de l’Evangile ».
Au Bénin, prier ainsi, conduit à s’ouvrir aux préoccupations d’un horizon plus large que notre nation, pour mieux apprécier aussi bien la valeur que la fragilité de notre paix. L’ouverture aux
situations plus douloureuses ailleurs doit nous prémunir de notre tendance à prendre notre paix pour acquise. Et mieux, prier ainsi nous enjoint à nous demander dans quelle mesure l’absence de
conflits sanglants chez nous peut voiler des menaces à la paix.
Il est difficile de dire que nous prenons plus de risques aujourd’hui que par le passé en matière de préservation de la paix. La seule différence – et elle est de taille – est la multiplication
des scénarii d’impasse. L’accumulation des problèmes et des scandales non résolus donne l’impression que nous savons moins nous sortir d’affaire. Ou que les cœurs et les acteurs sont moins
disposés à cet effort. Qui peut nier qu’il y a dans l’air de l’agitation et de l’excitation entre les groupes, les camps et les acteurs qui ont trop perdu l’habitude de se parler ? Nous avons
besoin de prier, non seulement en ce mois de septembre, mais au moins jusqu’aux élections prochaines. Les organisations de l’Eglise et d’ailleurs qui sont investies dans la promotion de la paix
doivent se mettre plus tôt à la tâche. La paix ne peut jamais être prise pour acquise.
Abbé André S. Quenum
Par Journal Catholique La Croix du Bénin
-
Publié dans : EDITORIAUX
0
Samedi 4 septembre 2010
6
04
/09
/Sep
/2010
00:12
Protéger le sanctuaire
Une société se préserve et se construit à partir de plusieurs lieux ou pôles : la maison, le marché, la place publique, l’école, le sanctuaire, etc. Chacun de ces pôles a besoin d’être promu pour
ce qu’il est et le rôle spécifique qui est le sien. Chacun de ces lieux a besoin d’être protégé, de façon à contribuer à la construction harmonieuse de la société. Si
l’interaction de ces différents pôles est somme toute naturelle, le risque de leurs inévitables empiètements nécessite une veille constante.
En effet, depuis l’édition 2010 du pèlerinage marial de Dassa tenu le week-end dernier, la question de la confusion entre le pôle religieux et le pôle politique dans notre pays a refait
surface. La rédaction de La Croix n’a pas cessé d’enregistrer des questions à tonalité protestataire de la part de certains citoyens et de certains fidèles du
Christ qui ont fait le déplacement à Dassa ou qui en ont suivi la retransmission à la télévision. De quelle manière la présence des ténors de la vie politique et la présence du Chef de
l’Etat en un lieu sacré, comme le sanctuaire marial de Dassa, peuvent-elles être gérées sans que le pôle politique ne « viole » le pôle religieux ? Pour donner un exemple précis, l’alerte
que nous envoient nos lecteurs se rapporte à l’opportunité ou non de la prise de parole du président de la République à l’occasion des célébrations eucharistiques.
Cette alerte sur la relation entre le pôle religieux et le pôle politique au sein de notre société est à entendre. Elle s’adresse à notre Eglise catholique de même qu’à toutes les
Eglises, comme au pouvoir politique dans son ensemble. Ce qui est en jeu, c’est la gérance avec art, intelligence et vérité de la relation-distinction entre ces deux
pôles.
L’un ne peut asservir l’autre ni l’un récupérer l’autre. Dans la plus grande communion de foi, chacun peut et doit rester dans son rôle. Il est indispensable de poser la question non seulement à
cause des incidents du passé mais aussi à cause des mois de campagne qui s’annoncent, afin que le pouvoir religieux soit protégé et respecté pour mieux nous porter.
Abbé André S. Quenum
Par Journal Catholique La Croix du Bénin
-
Publié dans : EDITORIAUX
0
Dimanche 22 août 2010
7
22
/08
/Août
/2010
18:59
Tout sauf la logique de la force
Le singe de la mythologie béninoise prétend ne rien voir, ne rien entendre et, en conséquence, ne veut rien dire de peur de se créer des ennuis. Même lui n’aura plus assez de mains pour fermer
ses sens aux bruits sourds qui de partout envahissent nos consciences confuses de Béninois qui sont pour certains fâchés, d’autres aux abois, d’autres encore déçus ou perdus. Il n’y a plus de
jour où les médias ne s’emplissent de commentaires sur un scandale politico-financier ou sur un autre. Ces scandales vont de rebondissements en rebondissements, d’enchevêtrements en
enchevêtrements, sans jamais aboutir à des procès. Et pourtant, la liste des noms impliqués ne cesse de s’allonger, avec des séjours en prison qui se multiplient sous des formes variées. Cette
liste comprend des politiciens et des autorités les plus hautes du pays, des membres de leur famille, leurs plus proches collaborateurs...
A cette atmosphère détonnante grevée de confusions se mêlent les bruits de défection de personnalités de l’Etat qui quitteraient un camp pour un autre. Les scénarii les plus cafouilleux de
défection à venir en rajoutent aux confusions et rendent la tâche presque impossible aux camps politiques qui sont éclatés et aux citoyens individuels dans leur effort de se projeter par rapport
aux échéances et par rapport à leur survie politique ou à leur survie tout court. En ce temps déjà dur pour les nerfs, la férocité des animaux politiques blessés et aux abois est en pleine montée
en force.
Cette semaine, à la crise Icc et à l’épouvantail de la Haute Cour de Justice sont venus s’ajouter les débats de gladiateurs à l’Hémicycle autour de la loi électorale. Et soudain, des révélations
inquiétantes imputées à l’ancien ministre des Finances Soulé Mana Lawani circulent dans les média, même si des livraisons entières de journaux sont achetées par des mains invisibles pour
disparaître. Dans cette ambiance, il n’est pas souhaitable que les bruits de coup de force persistent. Il faut plutôt décourager tous ceux qui pensent ou invoquent des scénarii antidémocratiques
et tout scénario de sang, et leur rappeler que le peuple ne suivra pas ces logiques. Tenez-le pour dit : utilisez tous les moyens sauf les logiques et les armes de la force.
Abbé André S. Quenum
Par Journal Catholique La Croix du Bénin
-
Publié dans : EDITORIAUX
0
Dimanche 22 août 2010
7
22
/08
/Août
/2010
18:15
Du souffle
A 7 mois des élections de 2011, les médias, les salons de conversations, les arbres à palabre et les places de rassemblements sont
témoins de grouillants mouvements de soutiens, de fréquentes escalades verbales, de prises de positions menaçantes et de silences coupables et assourdissants. Quelque chose d’étonnant se passe
dans notre société, qui a fini de nous étonner ou de nous inquiéter. Car, comme le bruit au marché auquel on s’habitue pour finalement y participer en considérant le cri comme un moyen normal de
communication, chacun contribue à sa manière aux bruits d’une société qui perd son calme. Ceux qui parlent et ceux qui se taisent, ceux qui agissent et ceux qui sont indifférents, nous sommes
presque tous embarqués dans un moment historique un peu spécial – pour ne pas dire plus.
Les temps que nous vivons ne sont pas rassurants, non pas parce que c’est du jamais-vu, mais parce que nous jouons trop avec le feu. A force d’épuiser au fil des années les ressorts qui nous font
contenir nos débordements, nous apprécions mal les risques que nous prenons. Si on comparait les mois qui précèdent mars 2006 au temps qui nous sépare actuellement de mars 2011, on trouverait des
éléments de comparaison pour mieux mettre en perspective les excès que nous vivons ces temps-ci. Mais, au lieu de nous rendre compte que nous jouons trop avec le feu, nous avons tendance à
endormir les craintes avec des explications comme : « Ne vous en faites pas, le Bénin est un pays pacifique. Nous réussissons toujours à nous en sortir ». Mais si le Bénin pouvait parler, il
dirait que ses fils et filles le fatiguent à la longue.
Il dirait qu’à 7 mois des élections, les acteurs politiques n’ont de verve que pour s’invectiver. Aucun ne réussit encore à faire rêver les électeurs. Les uns se voient enfermés dans leurs passés
en s’entendant dire : « on vous a vus faire ! » Les autres sont accusés d’être change-menteurs, et pour cela, ils parlent de passer à la vitesse supérieure par une dite « refondation morale ».
Les uns et les autres s’enferment et s’enfoncent dans leur logique, comme si pour n’avoir pas fait le moins ils feraient le plus. Pendant ce temps, le Bénin s’essouffle à vouloir faire comprendre
qu’il cherche du souffle ! Appelez cela appel de pied ou perche jetée : le Bénin veut du souffle !
Abbé André S. Quenum
Par Journal Catholique La Croix du Bénin
-
Publié dans : EDITORIAUX
0