Vendredi 6 novembre 2009
Changement et popularité


Un président de changement peut-il être populaire ? Regardez Barack Obama ! Maintenant que sa cote de popularité dégringole des crêtes de records historiques pour plonger à près de 50%, c’est le moment de l’observer. Le premier Noir à être élu président des Etats-Unis d’Amérique a soulevé une telle euphorie dans son pays et dans le monde qu’il fait son entrée dans la maison blanche avec un niveau de confiance sans précédent.  Si l’idéalisme et le rêve qu’il a communiqués ont soulevé les espoirs très haut, les problèmes qu’il doit résoudre sont aussi presque sans précédent. 
Souvent, les présidents de changement comme lui, pour maintenir l’enthousiasme des populations, sont tentés par les pratiques populistes. Mais cela ne va pas loin, même si c’est un choix compréhensible. Obama, quant à lui, a choisi, dès le début, de communiquer comment long et ardu sera le chemin qui conduira à sortir d’une crise économique américaine et mondiale d’une gravité rare, à sortir honorablement de la guerre d’Irak, à faire avancer petitement la recherche de la paix au Proche-Orient.  Avec autant de méthode que possible et avec beaucoup de courage, Obama s’attelle à tous ces dossiers. Et comme il faut s’y attendre, même s’il demeure célèbre dans le monde au point de se voir attribuer le prix Nobel de la Paix, sa cote baisse dans son propre pays, car aucun peuple n’aime le changement.
Cette semaine, les élections de gouverneurs dans les Etats importants comme New Jersey et Virginie viennent de donner aux Républicains une victoire comprise comme un avertissement à la politique d’Obama. Si  malgré tout, celui-ci tient bon, et choisit de résoudre des problèmes de sociétés comme la question incendiaire de la sécurité sociale, il pourrait être encore plus grand dans l’histoire demain, même si à coup sûr sa cote de popularité continuera de baisser et que sa réélection pourrait être compromise. Et donc la question de fond : un véritable président de changement peut-il être populaire  pour ses contemporains ? Le tout est dans l’adjectif véritable.

Abbé André S. Quenum

Par Journal Catholique La Croix du Bénin - Publié dans : EDITORIAUX
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Dimanche 1 novembre 2009
Lève-toi Afrique !


L’Eglise sait qu’elle n’est pas toujours à l’abri des divisions et des injustices qui paralysent spirituellement et matériellement le continent  africain. Elle le sait et le confesse pour mieux devenir au cœur du continent «sel de la terre» et «lumière du monde» par le service de la réconciliation, de la justice et de la paix.
Tel est le sens de sa démarche de vérité, de courage et d’espérance lors du deuxième synode de l’Eglise pour l’Afrique. A partir de tous les commentaires et réflexions qui sont remontés des travaux préparatoires dans chaque Eglise locale diocésaine de l’Afrique tout entière et des Iles, les Pères synodaux ont prié et discuté pendant 3 semaines pour communiquer au Saint-Père des propositions sur lesquelles celui-ci se basera pour la publication prochaine d’une exhortation post-synodale.
C’est donc le temps favorable pour que nous soyons tous à l’écoute de ce que l’Esprit dit aujourd’hui aux Eglises, à l’Eglise famille de Dieu en Afrique. Depuis la hiérarchie ecclésiale jusqu’aux fidèles laïcs, l’Eglise sait et confesse que les divisions, les conflits, les injustices et les blessures qui défigurent l’humanité ne sont pas des maux au compte desquels il faut facilement accuser des boucs émissaires extérieurs à l’Eglise, au continent et au cœur de l’homme. Ni des maux pour lesquels il faut seulement des solutions politiques. Forte d’une posture d’humilité et de vérité, elle trouve en Dieu miséricordieux la force de s’entendre dire : Confiance, lève-toi, Afrique, pour une Nouvelle Pentecôte de l’homme africain plus juste l’un envers l’autre et réconcilié avec sa mémoire, sa communauté et son prochain. En se convertissant elle-même, l’Eglise met sa solidarité pastorale organique au service de ce défi pour un nouveau modèle de développement mondial.

Abbé André S. Quenum

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Lundi 26 octobre 2009

Le Bénin profond s’échauffe

La crise autour de l’arrestation du maire Clément Gnonlonfoun de Dangbo et de son Csaf, a tous les ingrédients d’un conflit qui pourrait se généraliser dans le pays, quelle que soit l’issue du procès. Que les camps politiques qui sont presque rangés en ordre d’invectives mutuelles pour ne pas dire de bataille, y pensent avant d’aller plus loin dans les jets de pierres – symboliques jusque là – qu’ils se lancent, et dans leurs réponses du berger à la bergère, en l’absence  de véritables débats contradictoires qui auraient servi d’exutoire aux violences et auraient éclairé un peu plus l’opinion inquiétée.
Combien de communes n’ont pas les ingrédients que voici ? Contentieux et conflits électoraux toujours pas entièrement vidés depuis avril 2008. Des élus locaux difficilement installés et mécontents d’un mandat tronqué. Des rancœurs et des haines ainsi attisées par la politique, au sein de villages et de hameaux qui se divisent jusqu’aux familles et qui puisent du vénin supplémentaire dans les haines ancestrales et les différences religieuses. Au point où, même au sein du même groupe ethnique et de la même mouvance politique, des intérêts opposent des gens portés de moins en moins à négocier ou à simplement accepter de dialoguer. Et comme ces fiels locaux sont le fumier sur lequel les acteurs rivaux au niveau central ou national cultivent leurs bases, les idées et les débats de projets de développement ont de moins en moins droit de cité, dans un contexte où les avantages à se partager s’amenuisent désespérément. Alors le mouvement tenté et laissé à queue de poisson, de multiplier des départements presque infiniment est relayé au niveau local par les tentatives de division de communes pour la multiplication de fiefs de contrôle – ou faut-il dire fiels ? – et des découpages électoraux. Dans presque toutes les communes du Bénin, la plupart de ces éléments de ce cocktail molotov sont en combustion.
A des degrés et selon des versions variées, la crise qui monte de la vallée, mine les plateaux, secoue les collines et tout  le  Bénin   profond s’échauffe sans que le phénomène ne soit analysé dans sa totalité. Alors que les projecteurs sont sur les antagonismes Yayi-Tchané, mouvance-opposition et sur les misères des médias, l’affaire Gnonlonfoun, la situation se détériore encore plus dans le Bénin profond. L’opinion publique a besoin d’en prendre conscience.

Abbé André S. Quenum

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Samedi 17 octobre 2009

Vrais «faux médicaments»

Les faux médicaments sont des dangers mortels qui tuent par milliers dans un pays et sur un continent où nous sommes loin de maîtriser ou de simplement connaître tout ce qui nous fait descendre aux enfers et où, en attendant d’y descendre, survivre chaque jour n’est pas loin du miracle. S’attaquer aux faux médicaments, c’est donc un combat on ne peut plus juste.

Mais, que diantre vient chercher dans ce combat ce grand ballet diplomatique? Ballet diplomatique de celui que ses compatriotes appellent, non sans malice, Jacques Chirac l’Africain, docilement entouré de présidents africains anciens et nouveaux acteurs de la Françafrique? Les observateurs critiques qui ont constaté la scène, ce lundi 12 octobre à Cotonou, ont eu raison de s’interroger. Est-ce vraiment ainsi qu’on peut soigner le mal en question ? N’est-ce pas plutôt un vrai faux médicament que ce déploiement diplomatique à grands frais ?

Dans l’immédiat, ce grand ballet a pu servir à redonner existence à Chirac, à donner de la visibilité aux autorités de Cotonou, à aider au retour progressif sur la scène internationale d’un Mamadou Tanja en mal de légitimité, à servir la cause les lobbies pharmaceutiques… et soigner les réseaux Françafriques dans un monde changeant. 

A court terme, l’Appel de Cotonou à la communauté internationale contre les faux médicaments n’est pas rien. A moyen terme, la recherche de la ratification d’une convention internationale contre le trafic de faux médicaments devant les Nations Unies pourrait aussi servir à quelque chose.

Mais, pourquoi ces autorités politiques et puissances financières tournent-elles autour du pot quand elles  connaissent pertinemment celles qui, dans leur rang, tirent les ficelles de la production et du trafic des faux médicaments au plan local et international? Si les victimes ne s’organisent pas, ce mal, comme le trafic des armes, fera l’objet de comédies sans solutions réelles ?

Abbé André S. Quenum

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Samedi 10 octobre 2009
«Sisyphes» et «messies» d’Afrique

 

Il faut être aveugle pour ne pas voir que le phénomène Dadis Camara n’augure rien de bon pour le peuple frère de la Guinée et, partant, pour le continent, et que, à l’allure où vont les choses et avec la logique débilitante développée par l’«homme fort» de Conakry, Sékou Touré lui-même tournera dans sa tombe, sans parler de Lansana Conté. Décidément, pauvre Guinée ! dirait-on. Mais lorsqu’on place la tragédie de ce trublion de capitaine plus imprévisible que son armée qu’il taxe d’indisciplinée, dans le contexte des autres prises de pouvoir observées ces dernières années sur le continent, une constante inquiétante se dégage : les différents procédés de contrôle du pouvoir d’Etat ne garantissent pas, et parfois compromettent irrémédiablement, les condi-tions d’une gestion  rassurante. Car une chose est d’avoir le pouvoir, une autre de savoir ou de pouvoir le gérer. Et l’un des problèmes des nations africaines, c’est de ne pouvoir penser les deux ensembles. L’histoire des prises de pouvoir le prouve bien.
Pour les militaires, ce sont souvent les rebelles et un brin justiciers qui forcent l’admiration pour recevoir la confiance de leurs camarades d’armes au moment des coups de forces (le capitaine Kérékou de 1972, Sankara, ATT face à Traoré, et le maintenant-malfamé Dadis Camara). Du côté des civils, l’audace ou plutôt la témérité (Andry Rajoelina le DJ malgache), la longue opposition (Wade, Gbagbo, Tvanguerai, …), le discours nouveau et l’argent (Wade encore et Yayi), le circuit monarchique (Faure Yassingbé, Ali Bongo)… ouvrent le chemin de l’accession au pouvoir, sans assurer les conditions et l’intelligence d’une gestion méthodique et bénéfique pour le peuple. Car, à chaque coup, ce sont oiseaux dits «rares» ou «nouveaux», et non des projets de société, des doctrines politiques ou mouvements de pensée, ni des organisations politiques solides qui tristement viennent au pouvoir. Tant qu’il en sera ainsi, Barack Obama peut venir au pouvoir en Afrique, Sisyphe aura raison de lui aussi.
Si barrer la route à Dadis Camara est un urgent impératif du continent, il faut tout autant «convertir» les «messies» vendeurs de «sopi» à croire plus à la dynamique des peuples qu’aux baguettes magiques de fantômes pseudo-démocrates.

Abbé André S. Quenum

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